« Le cadeau peut être très petit, c’est l’intention qui compte » a dit la maîtresse. Germain est très satisfait car, bien qu’il soit nul en calcul, il n’ignore pas la modicité de sa fortune. Pourtant, il a bien l’intention d’y mettre tout son cœur dans son cadeau, autrement dit tous ses sous.
Donc Germain, arrivé chez lui, fait ses comptes. C’est peu. C’est rien. Assez pour du parfum ? Non, la vendeuse, qui ne craint pas de vexer son client, le lui dit sans précautions. Une boîte à bijoux ? Sans bijoux ? Certainement pas. Et un collier qui ne serait pas en or n’est pas un vrai collier. Faire un cadeau, c’est très difficile. Un petit présent ne traduit pas un grand sentiment.
Une robe ? Voilà une bonne idée. Maman se plaint toujours qu’elle n’a rien à se mettre, mais la marchande affirme qu’il faut essayer une robe… si maman essaye la robe, il n’y aura plus de surprise.
Une surprise ? Un Carambar ? Voilà qui est dans tes prix, fiston, lance un client goguenard, ce qui agace prodigieusement Germain. On ne lui demande rien à celui-là ! N’empêche qu’il a peut-être raison cet importun !
Et Germain se décide pour ces petites dépenses. Après tout, maman le dit souvent, « ce qui me rend la plus heureuse, c’est le bonheur de mon petit garçon ». Là, il est content Germain, seulement lorsqu’il a ouvert les surprises et dévoré les bonbons, il se trouve de nouveau sans solution.
Et sans argent.
Heureusement que dans le talus, les pâquerettes lui font signe. Quelle riche idée, même si malgré quelques pissenlits éclatants de leur or généreux, le bouquet ne fait pas, lui, trop riche !
Si peu riche même que Germain pleurerait bien. Il est fatigué de tant d’interrogations. Il veut rentrer à la maison, maman comprendra. Il court en serrant fort ses minuscules fleurs qu’il a cueillies à la base des corolles.
Il arrive tout essoufflé, en larmes. Mais lorsque maman ouvre la porte, le bouquet, à l’insu de Germain, est devenu une vraie gerbe, avec des marguerites aux pétales somptueux et de longues tiges…
Après tout, le poète l’a bien dit : « ce qu’il y a d’extraordinaire dans les miracles, c’est qu’il y en a… »